jeudi 26 novembre 2009

PUSH-PULL#10

Après le travail, Shampoo le patron postiche s’était éclipsé sur les coups de sept heures du soir. Jenny était allé dans la remise sur la pointe des pieds pour respirer un peu de poudre d'ange. Un magasin ! Un magasin, elle se souvenait d’un magasin, c’était magnifique, elle se rappelait enfin de quelque chose de sa vie d’avant, trop cool ! Un petit rire s’échappa de sa gorge, elle fut surprise. Un frisson lui traversa la colonne, quel était donc ce hoquet ? Cette contraction, là, elle dessina le chemin de sa main, partant du thorax et remontant jusqu’à sa bouche. Non seulement elle se souvenait d’une chose personnelle qui l’avait marquée dans sa chair mais en plus la poudre magique lui avait rendu le rire. L’expérience devait être renouvelée, c’était trop top ! Elle prit une bonne respiration, le nez enfoui dans le baril à trois centimètre sous la surface, Ouaou !… Ouaou ? ! Elle venait de prononcer une syllabe et demie, une onomatopée surgie de nulle-part, fabuleux ! Cette poudre était fabuleuse, mais tous ces efforts ou peut être la poudre lui faisait horriblement mal à la tête, une image égratigna son cerveau. C’était dans une rue, en ville, un magasin, des robes de mariée, elle s’allongea un moment sur le sol, ses tempes vibraient sous l’effet de la pression sanguine. La migraine passée, elle descendit faire un tour chez les filles, le parfum de la poudre lui collait agréablement aux cloisons nasales. Les épileuses profitaient du calme de la fermeture pour s'occuper d'elles. Les corps nus étendus sur les tables de travail s'enveloppaient de la fumée piquante qui sortait de leurs cigarettes. Comme les soupes aux vapeurs nauséabondes, aux relents de vieux légumes qui massèrent trop longtemps sur le petit feu de la gazinière d'une cuisine surchauffée. Le potage musical Motrex tournaient en boucle toute la journée. Afin d'échapper à cet écœurement auditif, les employées se mettait des bouchons de cire dans les oreilles. Mais ce soir, la musique de la Motrex avait été bâillonnée, les bouchons de cire débouchés, une des nouvelles de l'est avait sorti son accordéon et jouait une rengaine désaccordée. Les autres s'était mise à danser. Gudrun et Klaus devaient être bien loin pour ne pas entendre le raffut des demoiselles. Une bouteille d'alcool fort tournait de lèvres en lèvres. Jenny avait pris part à la fête improvisée. Finalement, après que l'alcool ait fait tourner les têtes, tourner les lèvres, ouvert le robinet bleu des rires, rouge des larmes, toutes les filles s'étaient regroupées autour de la plus jeune, une petite nouvelle de l'est qui pleurait, elle s'était vomie dessus et ne tenait plus debout. Elle s'était mise à insulter Gudrun, Klaus et les autres dans sa langue natale. Elle disait qu'il n'y avait que Shampoo le pauvre qui se faisait avoir comme elles. Les filles essayaient de la faire taire, mais la petite se débattaient encore pas mal. Jenny, un peu ivre elle aussi, n'y réfléchit pas à trois fois, elle disparut un moment à l'étage puis réapparut à nouveau, usant de toute sa réserve d'équilibre pour ne pas tomber, elle semblait tenir un petit animal entre ses mains, les filles s'était tues. Elles la regardaient, leurs grands yeux mouillants, ouverts comme des tournesols en plein soleil. La petite nouvelle de l'est ne pleurait plus, subjuguée par ce qu'elle allait découvrir entre les mains de Jennyfer. Jennyfer entra dans le cercle des filles et s'approcha de la petite assise sur le sol. Au même instant, Klaus et Gudrun surgirent à leur tour, l’Enlèvement des Sabines. Ils les frappèrent à cause du bruit qu'elles faisaient, et puis parce qu'elles n'écoutaient pas les Hé ho ! Si tu me le dis pas han ! Han ! Laisse moi kiffer la vaïbe avec mon mec qui est un dee jay super de la musique Motrex, et surtout, c'était l'heure d'aller dormir. Mais Jenny jeta la poudre sur le sol, un écran de fumée se forma et toutes les filles disparurent comme par enchantement, laissant les deux sbires dans un profond désarroi.

PUSH-PULL#9

L’eau de mon bain souillée, Au milieu une île Mon bide grassouillet L’eau froide grise La mousse percée Le bout des doigts fripés J’ai froid, je veux sortir De la piscine municipale à la rue il n’y avait qu’un pas. Dans le prolongement de la brasse Elvis séparait. Séparait des gamins qui se disputait un bout de chewing-gum. Séparait deux conducteurs qui n'avait pas vu le feu rouge. Séparait des couples en pleine séparation. Séparait des séparatistes, séparait le gras du jambon, rien de bien transcendant. Elvis rentrait tous les soirs la queue entre les jambes, déçu de ne pas encore faire partie du paysage télévisuel. Il regardait le fauteuil de velours vert, jamais il ne s’essaierait là dedans, c’était le fauteuil des maudits, des bons à rien, le fauteuil des peureux, des poils dans la main. Elvis préférait au fauteuil une chaise en fer inconfortable qui lui aiguisait le coccyx. Clarisse essayait de le consoler comme elle pouvait, en lui racontant des blagues qu’elle avait entendu à la télévision, ou alors pour éviter de parler de ce qu’elle n’avait pas fait, elle racontait ce que Michaël lui avait dit, ou entendu à l’école. Une fois, pour changer, elle lui avait offert deux places pour aller voir un match de Push-Pull qui avait lieu au stade couvert avec les Foregone de Chicago justement. Quelques jours plus tôt Elvis s'arrachait les cheveux car il ne trouvait plus une place à acheter. Les guichets avaient été pris d'assaut par les armées de parieurs, la ville aux terrils avait revêtu ses airs de fête. Des guirlandes lumineuse clignotantes à l’effigie des deux équipes pendaient entre les façades des immeubles. Il embrassa sa femme à pleine bouche et déguerpit. Elvis invita Frank. En plus ça faisait un moment qu’il n’avais pas vu son frère. Les chenilles rampaient le long des carreaux noircis de moisissure. A force, par dépit, ne pouvant faire autre chose que de me regarder dans cette glace je m’étais résigné à crever les abcès, un par un. Le premier sur une de mes joues, pincée entre le pouce et l’index l’ampoule huileuse s’agitait, lorsque je relâchais la pression, les bestioles calmaient leur frénésie. Je recommençais, cette fois ma peau se déchira, l’éclosion d’une cosse de petit pois frais. Les chenilles tombèrent sur le rebord du lavabo, la lymphe tiède ruisselait jusqu’au menton. Une plaie ouverte sur un réseau habile de galeries. L’épaule contre ma joue, je titillais les vers du bout de mon index, des filaments gélatineux à travers lesquels des bulles microscopiques remontaient lentement vers la tête, sans doute leur système digestif. J’en avalais une, puis deux, puis trois, j’avalais les chenilles en prenant soin de leur croquer la tête entre mes deux canines, le jus acide qui s’en échappait rappelait vaguement le goût des fourmis. Occupé à me nourrir de mes parasites je n’avais pas entendu les pas lourds de mon frère qui grimpaient les escaliers quatre à quatre. Elvis en montant les escaliers quatre à quatre tenait fortement les deux tickets pour le match de peur de les perdre, il frappa deux trois fois à la porte avant que Frank n’apparaisse. Elvis ivre de joie trépignait autour de son frère comme des indiens autour d’un totem, allez ! Dépêches-toi le match va commencer ! Au rez-de-chaussée vivait une vieille femme seule, une commère, derrière ses persiennes elle avait l'œil sur tout, elle vit passer les deux frangins qui sautèrent dans la bagnole. Sur la route, en allant au match de Push-Pull, Elvis avait branché Frank sur le fait qu'il aurait bien voulu devenir la star de La nuit des Policiers. Frank avait rit, mais c’était repris voyant l’obstination de son frère. Elvis lui demanda si Frank pouvait par un moyen ou un autre le renseigner sur les agissements de Shampoo. Comme Frank et Shampoo étaient bien ami et que tout le monde connaissait Shampoo, si Elvis arrêtait un type de son gabarit, c'est sûr que là il passerait à la télévision. Frank l'avait encore une fois laisser dire. Elvis trouva une place payante dans le parking souterrain du Stadium. Le match passa avec son lot d’estropiés, les Foregone avait gagné pour la sixième fois, Momo Maboeuf avait terminé avant dernier mais conservait son titre de champion. Elvis avait récupéré sa mise, comme tout le monde pariait sur les Forgone il n'y avait pas grand'chose à gagner mais au moins on était sur de ne pas perdre, et comme Elvis détestait perdre, il misait toujours sur la même équipe même s'il ne gagnait rien. En sortant des tribunes, Elvis avait entraîné Frank dans les vestiaires des Foregone pour essayer d'avoir un autographe de Maboeuf. Ils étaient resté un petit quart d'heure à attendre dans la queue tenant toute la longueur du couloir, les gens se regardaient sans trop savoir quoi se dire, de temps à autres un, beau match ? ! Fusait de derrière les fagots sur une intonation semi-interrogative mêlée d’une ironie mal cachée des plus embarrassante. Si l’on répondait oui franchement, on risquait de s’attirer les foudres de toutes la rangée de suporters, si l’on répondait non franchement, c’était à coup sûr l’inverse qu’il aurait fallu répondre et encore une fois on risquait de se faire remettre en place. De ce fait, soit on ne répondait rien en esquivant du regard l’endroit d’où avait fusé la remarque. Soit on répondait oui ou non avec le même genre d’intonation en bougeant la tête par petits à-coups de haut en bas et de droite à gauche. De fil en aiguille le dialogue de sourd pouvait durer des heures entières sans que l’on sache en définitive si le match en question avait été un beau match. Tous ces matchs étaient, il faut le dire, impersonnels, creux, ils ressemblaient à tous les autres matchs, la fin était toujours la même, il n’en restait qu’un. Ce qui devait les amuser, en y repensant, c’était tous ce qui gravitait autour, les produits dérivés, casquettes, polos, équipements de Push-Pull pour les enfants, cartes à jouer, il y avait l’ambiance des matchs aussi quoiqu’un peu indécise. Maboeuf sortit enfin, les gens se jetèrent sur lui en agitant les objets à autographier. La foule fut immédiatement repoussée par les gardes du corps de Maboeuf à grands coups de baffes. Elvis déposa Frank devant l’allée de l’immeuble. Triste de ne pas avoir eu la signature de son idole sur son pull il lui proposa quand même de venir à un barbecue en famille pour la Sainte-Greluche, il ne fallait pas rester seul pour la Sainte-Greluche c’était comme çà, en famille, point barre. Les damnés qui n’avaient pas de famille se retrouvaient dans les endroits sordides de la ville où la vinasse coulait à flot, de la vinasse en poudre, un sachet à diluer dans trois volume d’eau. Certains en manque d’amour, d’autres s’efforçant de ne plus en recevoir, les mains tremblantes glissaient de bar en bar, suivaient le phare des fermetures écumaient les trottoirs, de fausses rencontres en fausses rencontres croyant se retrouver, jusqu’au prochain comptoir. Leur véhémence aigrelette leur cisaillait la bouche. Vidant les fonds de bouteilles jusqu’à racler de leur langues sèches la salive endolorie des cracheurs de feu, ils hantaient les rues jusqu’au petit matin. Sainte-Greluche avait était nouvellement inscrite au calendrier national. Le bruit fracassant de la grillade, une saucisse, puis une autre, puis une autre tombaient sur le barbecue, comme si jamais elle ne s'arrêterai de tomber, de la musique derrière, de la musique Motrex, si j’avais un marteau-piqueur je piquerai ta sœur, je piquerai ta mère, je piquerai le beurre, wohohoho, wohohoho, ta mère… Ma sœur… Ton frère… Le chien et ça serait bien le bonheeeuuur, wohohoho, wohohoho... Michaël s'amusait à se courir après dans l'herbe du jardin. Il se cachait derrière les draps difficilement blanc étendus sur la terrasse. Elvis en chemisette et en short piquait les saucisses en sifflotant. Les deux femmes, Jennyfer et Clarisse étaient allongées sur des transats pliants, dont le maniement réclamait au moins un diplôme en ingénierie mécanique. Clarisse parlait toute seule, Jenny feignait de l'écouter et acquiessait machinalement. Elvis ne cessait de jeter des coups d'œil en direction de Jennyfer. Frank couvert de cloques suppurantes s’était approché de son frère, Elvis tout en surveillant les saucisses engagea la conversation, tu vois les saucisses j'aime bien quand elles sont pas trop grasse parce qu'avec le barbecue électrique c'est pas la même, les barbecues ordinaires même si ça fout de la fumée partout et que t'as pas toujours du charbon de bois sous la main, bin au moins la graisse coule dans le feu et t'as pas à nettoyer après, tandis qu'avec ces trucs électriques tu galères toujours un peu pour enlever la graisse... Frank, ne sachant pas quoi répondre après tant de poésie, fit juste mmmh… bon... Je laisse ça comme ça... Elle est pas mal dis donc ta Jenny là... C'est elle qui bosse chez comment il s'appelle déjà...Shampi?! non Shampoo, il s'appelle Shampoo le mec chez qui elle bosse... ha ouai... T'es sur qu'elle fait que la secrétaire qu'est-ce que tu veux dire? Par t'es sur qu'elle fait que la secrétaire... Elvis gêné parce qu’il s’était aperçu que ce qu’il était en train de dire pouvait avoir un autre sens, Ha! Ha! Nan mais attends je disais juste qu'elle fait pas que la secrétaire... Elle fait... Elle fait un peu le comment dire, elle aussi... Elle travaille au centre d'épilation... C'est ça, elle épile alors c'est pour ça ha! Ha! Je dis juste qu'elle ne fait pas que la secrétaire... Mouai laisse tomber... On y va... Frank regardait son frère en fronçant les sourcils, une petite chenille échappée d’un recoin de sa joue se réfugia dans une crevasse de son front. Elvis se dirigeait le pas léger vers les demoiselles. La table fut installée sur la pelouse du jardin. La petite famille se régalait. Jenny était en face d'Elvis qui n'arrêtait pas de faire le pitre pour épater la galerie, enfin surtout pour Jennyfer qui souriait sans bruit. Ils se lançaient des regards complices. ...Et mon père qui lui dit allez Frank va faire tes devoirs, mais Frank ne voulait pas y aller, il tourne autour de la table de la cuisine, ma mère qui l'engueule à son tour... Frank disparaît sous la table et passe à travers les jambes de mon père, moi qui rentre à mon tour de l'école, je vois passer Frank en courant juste devant moi, comme ça tagadagadagada... Je me doutes de rien, je rentre, et voilà mon père qui m'attrape par le bras, qui me fait faire un retourné digne d'une danseuse de rock acrobatique et il me fout un de ses coup de pied au cul... Je pleure, Frank je sais pas où il était cet idiot... Vous rigolez, vous rigolez mais attendez, je vous ai pas tout dit, pendant que je me frottais le postérieur et que ma mère me consolait... Mon père s'était mis à boiter... Il s'était tordu le pied sur mon cul et n'a pas pu aller travailler pendant une semaine, HA! HA! HA! Clarisse voulu ajouter une chose qui n’avait pas lieu d’être ajoutée, ha! Ha! Ha! Oui c'est vrai que pour des jumeaux ils se ressemblent comme deux gouttes d'eau, les cloques en moins, ha ! Ha ! Ha ! Non je rigole Frank, mais tu devrais soigner ces petits problèmes de peau quand même, non ? Elvis pour faire diversion, gronda Michaël. Qu’il cesse immédiatement de jouer autour du barbecue qu’il disait, ce qui jeta un froid autour et sur la table tant et si bien que les saucisses dans l’assiette creuse, sorties de peu du barbecue ressemblait à ses sous-marins nucléaires crevant la banquise. Le lendemain, Elvis faisait une pose près du parc municipal pour goûter. Il avait sorti son sandwich préparé par Clarisse. Du pâté de foie tartiné dans du pain de mie. Il repensait à cette Jennyfer.

PUSH-PULL#8


Elvis était entré au commissariat de la ville en tant qu’adjoint d’un des sous-fifres du shérif. Il faut dire qu'il y en avait du travail, avec tous ces étrangers qui débarquaient pour se faire dépoiler. Clarisse s’était spécialisée dans l’aérobic. A bord de sa petite voiture sans permis, elle écumait les centres de remise en forme et les hospices de toute la région. Plus maintenant, grâce aux sous des cochons elle n’avait plus besoin d’aller faire bouger les vieux et les vieilles et préférait mille fois s’occuper de Michaël, en regardant la télévision. Depuis que Frank avait ramené la télévision, Elvis ne ratait jamais un épisode de sa série préférée, un show de télé-réalité intitulé La nuit des Policiers diffusé en prime-time sur l’unique chaîne. La nuit des Policier Elvis en rêvait. Il était policier. Il aurait voulu être interviewé lui aussi dans son beau costume de flic. Il aurait voulu être la star de la ville, la star de La nuit des Policiers. En attendant, il jouait beaucoup au Push-pull, sujet sur lequel Clarisse le reprenait de temps en temps. Le Push-pull était un jeu de pari avec une grille à cocher quelques jours avant le match, une grille que l’on devait remettre dans une des bornes Push-Pull-Jeu qui inondait la ville, il y en avait autant que des bornes d’incendie. Un jeu de pari fait sur une équipe de Push-pull, son équipe de Push-pull préférée était les Foregone de Chicago. Le Push-pull s’apparentait à une danse sportive, comme le rock acrobatique. Les danseurs se retrouvaient en couple, mais pas de la même équipe. Ils étaient carapaçonnés de la tête au pied. Un équipement rembourré avec sur les épaules des poignées intégrées à leur costume. Ces poignées étaient orientées dans la direction de leur partenaire, pour une meilleure prise en main. Sur le torse, au niveau des pectoraux deux coussin de mousse jaune, ou d'une autre couleur, selon les équipes, complétait l’armure. Des casques, en option pour les fragiles de la tête. Les participants débarquaient sur une piste de danse par les vestiaires du Stadium. Une très belle piste de danse avec des paillettes sulfatées partout sur les murs, des spots multicolores qui bougeait dans tous les sens, les gradins pleins à craquer sous les cris des supporters, que l’on forçait à crier, un chauffeur de salle armé d’un fusil à lunette descendait ceux qui ne criaient pas. L’animateur du show au milieu de l’arène avec son beau costume bleu ciel papier toilette donnait le top départ. Le micro remontait dans les plafonds. Le spectacle commençait. La danse se faisait en se tirant l'un à l'autre et en se repoussant de la même façon le plus de fois possible le temps d'une chanson. Les gagnants étaient ceux qui réussissaient à faire tomber dans les pommes leur compagnon de danse. Avant ce K-O salvateur, certains se mettaient à saigner du nez ou bien de la bouche, d'autres des oreilles, d'autres encore des trois en même temps. Il y avait plusieurs manches. Les plus robustes s'affrontaient jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'un seul, que les vingt-sept titres du disque compact soient passés. On assista au couronnement de Momo Maboeuf, cinq années durant avec les Foregone. Elvis en mal de reconnaissance à bord de sa quatre L d’intervention courait après les alertes radios. Il voulait à tout prix passer à La Nuit des Policiers. Par la fenêtre il apercevait de temps en temps l’hélicoptère de l’émission qui le narguait par dessus des toits. L'hélicoptère de la télé était branché en permanence sur la fréquence de la police. Mais Elvis ne récupérait que des alertes bidons, trop bidons pour que l’hélico daigne bien s’intéresser à lui. Il répétait à chaque fois le même geste, le premier mouvement de la brasse, étirer les bras, les mains bien jointes afin d’optimiser la pénétration du corps dans le milieu aqueux, écarter les bras afin de repousser la masse d’eau et pouvoir avancer. Il s’était inscrit au club piscine de la police. Clarisse se plaignait de l’embonpoint de son partenaire, lorsqu’il se couchait sur elle, son ventre faisait ventouse, un de ces bidons criblé de cellulite.

PUSH-PULL#7


Le lendemain, une grand-mère arrachant les pissenlits par la racine pour en faire des salades vint à passer par là. La brume se dissipait, du bord de la route, elle aperçut un coin de jambon dépassant d’une bâche. Elle enclencha les freins de sa carriole, la mine renfrognée elle descendit en glissade sur les graviers et atterrit sur la bâche bleu. A travers la toile elle sentais les membres raidis de la victime, ce qu’elle croyait être un morceau de jambon n’était autre que le pied de la pauvre Mme Deruy couvert d’un bas anti-varice. La vieille recula sur les mains, traînant ses jambes coupées, le nœud de son fichu avait glissé de son menton jusqu’au nez. Elle prit ses jambes à son cou en direction de la ville au rythme grinçant des roues de la carriole. La quatre L de police arriva sur les lieux. Le soleil était déjà haut dans le ciel, un petit vent frais descendait entre les terrils. Deux inspecteurs sortirent du véhicule. Un grand noir aux traits fins en compagnie de Work, l’adjudant formateur qui parle dans sa trompe. Work présenta son collègue aux autres policiers arrivés avant eux. Ils avaient tous un esquimaux, enrobé de chocolat, criblé d’éclats de noisette dégoulinant entre leur phalanges. Le jeune inspecteur s’appelait Konate. Konate était du genre timide, un léger duvet sur le haut du crâne. Un homme plutôt sec tiré à quatre épingles. Lorsqu’il voulu leur serrer la main, les types s’essuyèrent sur leur pantalon. Work lui, sentait la transpiration acide des buveurs de bières, il portait un imperméable beige aux mailles plus lâches qu’un filet de pêche. Il se déplaçait à la façon d’un crabe comme emporté par la masse de cheveux qui pendait d’un côté, d’épais cheveux noirs assortis à sa moustache. Le médecin légiste terminant sa glace fit part de son analyse, une mélodie de boite à musique tout droit sortie d’un camion de marchand de glace égayait l’ambiance, Le corps a été transporté dans cette bâche, elle n’a pas été tuée ici, tenez regardez, le médecin chaussé de ses gants blancs fit tourner la tête de la victime avec le pied, il indiqua les trous laissés par les coups de feu, trois trous dans l’occipital, une vraie noix de coco ! A voir les traces de poudre et les cheveux brûlés, le tireur l’a eu à bout portant… Le médecin fit des bruits de succion insupportables, l’esquimau se désagrégeait, Konate détournant le regard reprit sa respiration. Work se tourna vers lui, paternaliste, Dis petit, ça va aller ? Konate lui répondit d’une voix fluette, oui… Work enchaîna, tout en enlevant l’emballage de la sucette qu’il venait de sortir de la poche intérieure de sa veste, bon ramenez-moi le corps à la morgue, il faudra qu’on le décortique un peu plus, voir s’il n’y a pas des éléments qui vous aurez échappés, Work se débattait avec le papier de sucette collant à ses doigts. Il les tendit, d’une pose efféminée en direction de Konate pour qu’il l’aide à s’en débarrasser. Le médecin légiste se rechaussait. Work se retourna vers un des flics en uniforme, il indiqua le camion de glace avec la tête de sa sucette, Mais c’est quoi ce camion de glace ? ! Le type en uniforme passa sa main sur sa nuque, éprouvant une certaine gène à révéler les causes exactes de la présence de ce fourgon, Heu ? ! Nous… Comment dire, nous n’avons pas trouver de véhicule réfrigéré pour transporter le corps, nous avons donc penser à réquisitionner, ce hum… Camion de… Sa voix perdait en intensité, Work pencha l’oreille du côté où la sucette gonflait sa joue, l’agent se reprit, ce camion de glace… Ce camion de glace, mmh mmh, oui bien vu, Au Pingouin, esquimaux, cornets, simple ou double, glace à l’eau Work répondait en pensant à autre chose, le regard sur le auvent de toile rose crème qui s’agitait dans la brise, à combien elles sont ? Quoi ? A combien elles sont, les glaces ? Gratuites… Gratuites ? Ha bon bin dans ce cas, Work se retourna vers Konate, il aidait les autres policiers à monter le talus de gravier pour amener le corps dans le fourgon, Hé ! Petit ? ! Tu veux une glace ? ! Konate hésita, il se frotta les mains l’une contre l’autre et rappliqua. Pendant que les deux inspecteurs dégustaient leur cornet chocolat-vanille, le cadavre de Mme Deruy peinait à entrer dans l’armoire réfrigérée. A bout de force, les policiers laissèrent dépasser les jambes à hauteur des genoux, bien quatre-vingt dix centimètres du feu arrière du camion. Lors du convoi exceptionnel, le cadavre était tombé deux fois, dont une en plein cortège nuptial. Les mariés n’avaient pas fait attention. Work et Konate s’était décidé à faire un tour chez Mme Deruy. Ils étaient entrés dans le deux pièces cuisine. Une odeur de jus de serpillière mélangée à du poil de chien émanait des tapisseries. Du couloir, dans le salon une centaine de bibelots, des jouets en plastique démontables pour la plupart, étaient alignés sur le marbre de la cheminée condamnée. Ils enjambèrent la pile de chaussure et débouchèrent dans la cuisine. Un poêle à mazout bloquait la porte, on ne pouvait l’ouvrir qu’à moitié, l’évier émaillée avec son lot de torchon et derrière les vitres la cage de la pie. Work invita Konate à fouiller dans les tiroirs. Konate qui ne voulait pas se faire remarquer demanda à Work ce qu’ils étaient venu faire dans cet appartement, ils n’avaient aucun indice, aucune piste, que devaient-ils chercher ? Work s’amusait avec le tire-bouchon accordéon qu’il venait de trouver dans le sèche-vaiselle, surpris par cette remarque il prit tout son temps pour répondre au plus juste. Il fit un premier tour de la pièce les mains derrière le dos, devant la fenêtre il écarta les rideaux, repris son tour, s’assit sur la chaise, en poussant de petits mmmh, mmmh, mmmh, la bouche en cul de poule. Enfin, il se décida à parler, au même instant la pie se mit à caqueter. Konate ouvrit la fenêtre, découvrant la pie, un sourire lui découpa les joues jusqu’aux oreilles, Work ! Regardez une pie, ho ho, bonjour madame la pie ! Alors il fait beau aujourd’hui ? ! La pie roula de l’œil, Konate en grand seigneur voulu la libérer. Work le remit à sa place, Depuis quand vous parlez l’oiseau ! Laissez cette pie tranquille et écoutez-moi ! Konate intimidé, referma la fenêtre, Work s’apprêtai à nouveau à parler quand la pie se remit à caqueter, Konate ouvrit à nouveau la fenêtre, il regardait la pie et remarqua qu’une personne sortait du magasin de jouet Renov, derrière lui Work pestait, Konate ! Je suis votre supérieur, vous me devez le respect ! Mais chef, on dirait bien que cette pie veut nous dire quelque chose ! Konate, Konate, mon petit Konate, vous avez vu çà où que les animaux voulaient nous dire quelque chose ? Allons, reprenez-vous, vous me demandiez ce que nous étions venu faire ici, je vais vous répondre, au même moment une deuxième personne sortait du magasin de jouet, la pie se remit à caqueter, Konate interrompit son supérieur et disparut dans les escaliers, Work de la fenêtre, lui dit Konate, mais qu’est-ce que vous foutez bordel ! Konate se dirigea vers le magasin de jouet et se cacha dans l’alcôve de l’entrée, les deux vendeuses l’ayant vu arriver s’apprêtaient à faire leur petit tour musical, mais Konate n’entra pas, il resta sur le paillasson une vingtaine de seconde puis réapparu dans la rue. La pie caqueta. Il renouvela l’expérience, la pie caquetait à chaque sortie du magasin Renov. Les vendeuses furent durement mises à l’épreuve. Konate remonta à l’appartement. Il fit part de ses expériences à son supérieur, Work accueilli la nouvelle avec quelques réserves, ils se décidèrent quand même à rendre visite au magasin Renov. Avant toutes choses Konate voulu remercier la pie en lui redonnant sa liberté. Il essuya quelques coups de becs, tenant la pie à bout de bras telle une colombe messagère de paix il lui donna l’impulsion majestueuse de l’envol. Elle alla s’écraser sur la route, une voiture dérapa et ne put l’éviter, une gerbe de plume s’éleva dans les airs. Konate, confus referma la fenêtre. Il ne dit rien à Work qui perdait patience sur le palier. Les deux inspecteurs eurent droit à la cérémonie des nounours Renov. Konate regardait les rayons du magasin chargés de nounours en peluche. La majorité d'entre eux étaient bruns. Des bébés ours bruns. Par contre il y avait tout un côté de rayon qu'avec des nounours blancs. Des bébés ours blanc, trois fois plus chers que les bruns. Pendant ce temps Work questionnait monsieur Renov assis derrière la caisse enregistreuse, Vous dîtes n’avoir rien vu, rien entendu, mais que vous connaissiez cette Mme Deruy, mmh, bon et rien de plus ? ! Monsieur Renov masquant son embarras répondit, Je… Oui… Enfin je la connaissais, comme si comme ça, bonjour bonsoir, rien de plus, un petit coucou par la fenêtre et hopla ! … Et hopla ? Et ho-pe-la ou hopla ? ! Qu’est-ce que vous voulez dire monsieur l’inspecteur ? Ce que je veux dire, c’est que vous m’avez dit et hopla, et je voudrais savoir si ce hopla était plus intime que ce qu’il semblait être, vous me suivez ? Monsieur Renov rougit, ses iris se rétractèrent, il passa son index dans le col de sa chemise soudain plus serré, Work, sourcils froncés lisait à l’intérieur même des cavités nasales de sa proie, une analyse pointue, radiologique, de ces muqueuses défraîchies qui enfermait encore la morve des sanglots. Monsieur Renov clignait de l’œil, rapidement il regardait dehors puis revenait sur la bouille de l’inspecteur, il renifla à plusieurs reprises. Inconsciemment, pour faire diversion, sa main était remontée jusqu’à son flanc gauche, la douleur du coup de barre martelait sa poitrine à chaque battement de cœur. Work visa son flanc, au travers de la main les côtes crissaient, Vous vous êtes blessé ? Lança t-il, ironique Non, non les rhumatismes, vous savez ce que c’est à mon âge, Les deux inspecteurs prirent congé, monsieur Renov n’avais pas tout raconter, ça se sentait. La seule chose à faire pour le moment était de le surveiller. La balistique avait exhumé deux balles de la cervelle de Mme Deruy. Ils avaient fait passer des appels à témoin à la télévision. Depuis, personne n'avait téléphoné. La mairie trop heureuse de l'engouement suscité par cette nouvelle économie ne voulait surtout pas ternir son image de marque, préférant étouffer l'histoire plutôt que de prêter main forte aux deux inspecteurs pour démasquer les assassins. Jennyfer était devenue la secrétaire de Shampoo, par piston. Elle officiait dans son bureau bien au chaud alors que Shampoo passait son temps au guichet à l’entrée. Elle était au courant de tout ce qui concernait les affaires du centre d’épilation. Les entrées, les sorties, d'argent, des gens, des clients. Tiens ? ! Sur une fiche le nom de Renov apparaissait. Augusto Renov était client de la maison. Il venait voir ses anciennes employées qu'il pouvait harceler à sa guise maintenant, vu qu'il payait. Certaines se vengeaient sur le pauvre monsieur Renov. Barbara, la fille qu'il avait timidement choisi pour le coup l'avait fait patienter dans une petite salle. Monsieur Renov allait à chaque fois en salle réservée aux VIP, cette fois, chiffonnant son ticket d'impatience il se demandait quelle surprise la coquine pouvait bien lui préparer. La fille était entrée en tenue légère, un déshabillé de soie flottait sur son ventre blanc, à travers la dentelle de ses bonnets on devinait les petits grains de ses tétons. Elle avait commencer par attacher les mains de son client. Puis elle lui avait mis un bandeau de feutre noir sur les yeux, elle l'avait guidé jusqu'à une porte, une salle pour être vraiment tranquille disait-elle, en lui léchant l'oreille. Monsieur Renov s'était retrouvé dans le noir, le froid le saisissait petit à petit. Il entendait des gens autour de lui, en retirant son bandeau il avait atterri en pleine rue. Monsieur Renov s'était plaint à Shampoo qui ne savait pas quoi dire. Mais Gudrun et Klaus était venus le raisonner, ils lui avaient lancé ses vêtements sur le trottoir. Renov était toujours fâché, dans sa tête, son corps lui n'avait pas attendu que sa tête ne soit plus fâchée. Maintenant lorsqu'il allait chez Shampoo il s'arrangeait avec sa tête et son corps pour ne prendre que des nouvelles de l'est. Au moins il était sur de ne pas se retrouver à la rue. Jennyfer en allant classer des dossiers découvrit par hasard le baril de poudre que Shampoo avait dissimulé dans une armoire derrière des bidons métalliques d'échantillons de cire d'épilation parfumée. Elle avait tiré le cordon pris dans le carton du baril juste au dessus du hublot d’avion. La poudre à l'intérieur était magnifique. Un blanc comme il n'en existait que rarement dans cette ville du bout du monde. De la poussière d'ange, du sable corallien d'un îlot du Pacifique affiné par les vagues et les bombes atomiques. Elle plongea ses mains dans le baril, la douceur froide sur sa peau, les grains coulants par milliers entre ses doigts. Les effluves chimiques enivrantes, un parfum absolu, léger comme du vent d'un soir d'été. Elle aurait voulu s'y plonger toute entière, toute nue, se laver de toute cette misère, que la poudre la pénètre, qu'elle tapisse chaque recoin de ses veines, que son parfum devienne le sien. Penchée au dessus du baril, courant dans l’immensité blanche immaculée de sa mémoire elle essayait en vain de retrouver une fiante, un sac poubelle de souvenir, une pelote de fil de fer rouillé sur lequel elle se serait écorchée. Rien. Elle entendit du bruit, très vite elle referma l'armoire et replaça les bidons comme elle les avait trouvé.

PUSH-PULL# 6


Dans la glace de la salle de bain, sur mon front, au dessus de l’œil gauche un furoncle s’était formé. Au début ce n’était qu’un point rouge infecté, mais jour après jour le point rouge grossissait jusqu’à former une cloque brunâtre de quelques dizaine de millimètres de diamètres. Lorsque je passais mon doigt sur le bouton, aussi légère que fut la pression, cela suffisait à l’enflammer, un immense incendie concentré en un seul et même point. A travers l’épiderme abrasée, en s’approchant un peu plus près du miroir je pouvais distinguer, translucides, de petits filaments noirs qui s’agitaient. Comme ces perles au bout d’une épingle de couturière, leurs têtes aussi dures que du verre, aléatoires, venaient téter le bout de mon index, des morsures impalpables de petits poissons frétillants dans l’eau sale d’un aquarium. Des vésicules pareilles à celles de mon front envahissaient maintenant mon cou, mes épaules, grouillaient sur les sentiers tortueux de mes veines jusqu’à former d’autres grappes de bubons à la surface de mon abdomen. La plupart du temps cloîtré dans la salle de bain à découvrir les nouveaux foyers de cette infection il m’était devenu impossible de sortir, ne serait ce que pour me nourrir, à quoi bon, les chenilles me dévoraient l’appétit et tout ce qui s’y rapportait. Monsieur Renov ne vendait plus de bougies, au grand dam de Mme Deruy. Elle attendait un signe de sa pie. Le caquètement du rideau de fer, mais plus rien, plus de coucous par la fenêtre. Grâce à l'enthousiasme suscité par l'ouverture récente du centre d'épilation, monsieur Renov avait repris du poil de la bête et son magasin, des couleurs. Une couche rose bonbon, rose cochon grossièrement étalée sur la façade. Mme Deruy savait bien que c’était un signe, tout ce rose devait lui être destiné, sinon pourquoi il aurait peint son magasin en rose ? Il existait des tas de nuances, tellement de couleurs, alors pourquoi ce rose ? Où alors, il en avait trouvé une autre, elle irait bientôt s’en assurer. Le succès de monsieur Renov venait des nounours en peluche qu'il faisait faire à l'ancienne à Le Village à la Campagne sur mer soi-disant. Il avait repris quelques filles, deux seulement. Comme il n'avait plus que des rayons entiers de nounours en peluche faits à l'ancienne à Le Village à la Campagne, cela demandait moins de spécialisation pour les employées. Après un stage de quelques jours, les deux employées savaient parfaitement ce qu'elles devaient faire face au client, qui venait juste de rentrer. Une mélodie électronique se déclenchait à chaque ouverture et fermeture de porte. En même temps, les deux employées se mettait à chanter le slogan pour les nounours Renov, - Bonjour, bonjour, nous sommes les nounours Renov, des copains super sympas... Les nounours de vos rêves qui ne se rénovent paaaaas...Tintsouin! Une petite chorégraphie, imaginée par Renov lui même, venait couronner le tout. Devant la glace de l’entrée, vêtue de sa plus belle robe, les deux doigts tirant sur un poil de nez, Mme Deruy attendait que monsieur Renov ferme le magasin pour descendre le voir. Le bruit du rideau la fit sursauter, elle parlait toute seule à sa pie, Et tu crois que ça marchera dis ? Tu crois qu’il voudra me laisser entrer ? On ira au restaurant peut-être, ça changera de la soupe aux cailloux, pas vrai, mon dieu mon dieu, dis moi que je suis belle ? ! Hein ! Dis le moi ? ! Dis le saloperie d’oiseau ! Parles ou j’écrase ta cage ! La pie apeurée l’épiait de la tête au pied de sa vue barrée de barreaux. Elle n’osait rien dire, si jamais elle se trompait, elle se voyait sortir de sa cage, elle la pie, les pieds devant, finir en pâté après tant d’année. Elle caqueta, doucement. La grosse tête de la Deruy la regardait, la pie roulait de l’œil, elle caqueta encore une fois. Bon ça va ! Lui répondit Mme Deruy. Elle se pomponna encore une fois et disparut. Elle voulait l’attendre à la porte de derrière, elle n’avait pas prévu son coup. Le portail entre les deux maisons qui menait à l’arrière boutique était fermé. Elle réfléchit un moment, si elle tapait sur le rideau ça ferai un bruit à réveiller les morts et puis timide comme il était… Il valait mieux qu’elle escalade le grillage. Et la voilà partie, elle prit une poubelle pour lui faire la courte échelle, sa robe accrochée découvrait ses varices, elle fit attention de ne pas la déchirer. Une fois de l’autre côté, elle passa devant le vieux tiroir de commode qui avait fini au petit bois dans le goudron infecté de mousse verte. Elle réajusta son chignon, fit deux ou trois exercices de prononciation, BABEUBIBOBU, Y, tapa à la porte en fer. Son cœur battait la chamade, la peur lui titillait la vessie personne ne répondait. Elle ne savait plus quoi faire, demi-tour ? Non, elle n’allait pas faire demi-tour, si elle repartait elle savait que jamais elle n’oserai revenir, sa pie ne le supporterai pas. Elle retapa à la porte un peu plus fort. Toujours rien, la situation devenait critique, il fallait agir au plus vite, elle regarda autour d’elle, la lumière du lampadaire éclairait une barre de fer posé sur les cartons, un autre signe pensa-t-elle, elle courut la prendre, arrivée sur les cartons mouillés, elle s’agenouilla tel un chevalier, relevant les plis de sa robe elle regardait le lampadaire en se signant. Elle se releva. Introduisit le côté le plus plat de la barre entre la porte et le mur et l’actionna tel un levier. Elle forçait tant et si bien que des gouttes de transpiration coulaient de son front, provoquant des glissements de terrain dans son maquillage. Des miettes entières se détachaient allant s’écraser sur le sol. Elle reprit son souffle, elle pestait contre cette maudite porte, son promis devait se trouver de l’autre côté. Elle l’imaginait entrain de faire ses comptes, assis à son comptoir se désolant de ne pas la voir venir, lui l’homme romantique timide qui avait peint son magasin en rose jambon exprès pour elle. Je viens mon amour ! Je viens, je suis là près de toi… Elle se donnait du cœur à l’ouvrage. La porte céda enfin. Au même moment un faisceau de lampe la surprenait, Vous vouliez sabotez mon armoire électrique ? ! Monsieur Renov en personne se dressait derrière elle, le regard inquisiteur, les ailettes du nez tournées vers le bas. Dans sa tête il pensait qu’il la trouvait belle, comme çà prise sur le vif telle une gamine la main dans la boite de biscuit, il aurait voulu lui dire de rentrer mais il y avait le grand patron au magasin, il aurait voulait lui sourire, changer l’orientation des ailettes de son nez, mais il n’y arrivait pas, Mme Deruy répondit, Mais, heu… Absolument pas je… Monsieur Renov la coupa dans ses justifications Méfiez-vous madame Deruy ! Pourquoi ai-je dis cela, je ne voulais pas dire çà du tout, dis donc père Renov reprends toi, tu lui fais peur là, Mme Deruy bégaya, Je… Je suis venue vous voir car je vous aime, je vous aime du fond du cœur ! Embrassez-moi je vous en prie ! Façon rugbyman elle se jetait à ses jambes de coq, soumises. Malheureusement monsieur Renov ne put encaisser le choc. Raide comme une planche il tomba sur le sol et s’ouvrit le crâne. Mme Deruy s’excusait, elle l’embrassait de partout, monsieur Renov se débattait, il réussit enfin à s’extirper des bras flasques de la femme, se tenant la nuque il jura, Mais bougre d’andouille, vous êtes folle, allez rentrez chez-vous ! Je vous déteste ! Vous entendez, vous m’inspirez le dégoût, tout en vous n’est que laideur, vous êtes un monstre ! Partez ! Mme Deruy, par amour, submergée par les insultes lui envoya un coup de barre en fer dans les côtes. Elle criai, Je vous aime ! Je vous aime ! Monsieur Renov rampait sur le sol, un deuxième coup de barre allait s’abattre sur lui quand une silhouette apparut juste derrière Mme Deruy, une silhouette massive, il y eut trois coups de silencieux. Mme Deruy s’effondra, une balle était ressortie par le front, un petit trou par lequel s’échappait une crème rose et un filet de sang. Monsieur Renov encore sous le choc regardait avec de grands yeux la femme allongée devant lui. Elle souriait bêtement. La silhouette s’approcha, On dirai que je vous ai sauvé la vie ? Dit-il, monsieur Renov se touchait la nuque, se tâtait la côte, il s’approcha du cadavre, prit la tête entre ses mains, des larmes sortait de ses mirettes, de grosses gouttes de condensation s’échappait de sa tête, il éclata en sanglot plaquant son visage contre la victime, se roulant doucement sur le sol comme un spaghetti sec sur la plaque brûlante d’un poêle à bois. Le tarama de cervelle s’étalait sur le col de sa veste, il balbutia quelques mots, Mais pourquoi l’avez-vous tuer ! C’était elle ou vous mon cher… Mais il suffisait de l’en dissuader, Je ne voulais pas encourir le risque d’être découvert, qu’aurions nous fait, cette truie serait allé avertir la police, Je vous demande pardon ? ! Cette truie comme vous dîtes, je… Je l’aimais figurez-vous ! Mais je n’ai jamais eu le courage de lui avouer, je… Il s’effondrait encore une fois, étouffé par les sanglots Bon, bon, bon reprenez-vous, encore une chance qu’elle n’ai pas vu le passage secret, aidez-moi à faire disparaître le corps… Un break vermillon s’arrêta à la sortie de la ville. Deux homme balancèrent le cadavre en offrande au pied gelé d’un terril.

vendredi 22 mai 2009

PUSH-PULL#5

Dans une suite luxueuse, le vieux diplomate se prélassait sur son lit format grand aigle. Le regard dans les facettes de cristal suspendues au lustre. On frappa à la porte. Le Kissinger réajusta son peignoir, se regarda dans la glace près de la porte, il se mit un coup de paluche dans les cheveux et fit entrer. Jennyfer posa son sac à main. Elle lui expliqua par une série de gestes que les nouveaux stagiaires étaient arrivés. Le vieux diplomate se réjouissait, il frottait ses mains l’une contre l’autre. Jennyfer disparut dans la salle de bain. Pendant ce temps, HK perdu dans les motifs de ses pantoufles revint à lui. Il ouvrit une porte du meuble, sortit deux bouteilles et deux verres à cocktail. La première bouteille, du whisky, il s’en mit une lichette. La deuxième était blanche, en PVC, le goulot coudé comme pour aller dans des endroits que d’autres bouteilles ne pouvait atteindre. Il y avait une étiquette avec un lettrage rouge. WC. HK versa délicatement le liquide sirupeux à l’intérieur du verre, d’un bleu lagon pas naturel. Il y posa ensuite un glaçon et une olive, avec le cœur goût piment. Jennyfer sortit de la salle de bain, elle était en peignoir elle aussi. Elle s’approcha du vieux diplomate, le vieux posa son verre. Ils s’embrassèrent vulgairement tout en enlevant leur peignoir. Leur langue faisaient des va et viens rapides, il râlait doucement, Jennyfer se contentait de faire des bruits de succion dégueulasses. Elle descendit doucement vers le sexe de son partenaire. L’avala à pleine bouche, usant de techniques secrètes transmises entre les pages des hors séries de Femmes Actuelles, elle le faisait rebondir contre sa langue, tout en l’astiquant jusqu’à la garde. Le vieux n’en pouvait plus, il se mordait les lèvres, tremblait, il vagissait tel un porcelet. Il la tenait par les cheveux comme un guidon de moto qui n’avait pas de freins, sinon il n’aurait fait que freiner, ensuite, Jennyfer se releva. Elle se cramponna au meuble du mini-bar, écarta les jambes pour inviter le diplomate à la pénétrer. Le diplomate empoigna sa croupe, il lui écarta les fesses, découvrit ses orifices et lui mit une fessée. Comme elle ne parlait pas, elle lui répondait avec des signes de plongeur. Ô oui c’est bon, aïe aïe aïe, encore, je suis sur réserve…

Le diplomate passa sa langue contre l’anus de la femme, il cracha dessus, enfouit ses doigts, recracha encore. La belle regardait par la fenêtre, dehors, à travers les stores. Le groupe de stagiaires était alignés dans la cour de l’hôtel, au garde à vous. Elle ne pouvait pas voir qui présidait la petite réunion, un cocotier lui barrait la vue. Le vieux diplomate se retira, haletant, il courut s’allonger sur le lit. Les reflets arc-en-ciel du lustre, l’odeur de propre qui émanait de la chambre. La belle remit son peignoir, elle prit le verre de sirop bleu et y trempa ses lèvres.

Quelques heures plus tard, au garde à vous. Le Kissinger superviseur était venu serrer la main à ses vélites, bien sincèrement, droit dans les yeux. Shampoo passait la plupart du temps dans un amphithéâtre de fortune, pour des Cire Conférences, des révolutions terrestres interminables, l’heure n’avançait pas. Des projections de films institutionnels sur l’épilation et les soins de beauté. Un instructeur cirrhotique, ancien prof aux Beaux Arts, rotait Le cours Cire Cuite, et vous rentrait dans le lard. Sacré pilon, pilier de bar. Le prof avait un tic, il tapait du poing. Au coin de son bureau, la tête de Shampoo. Et puis, épisodiques, les cours du soir épilatoires.

En fin de cycle, il y eut un QCM. Les cases étaient déjà cochés, il fallait juste trouver la question. Les nouveaux lauréats, le soir venu, voulaient aller fêter çà.

- Tchikatchikatchik !… Ayaya !… Ils s’était entourés de leurs plus chics apparats, chuuut… Il y avait un bar sur la plage aménagée. Dix ans auparavant, l’île fut utilisée comme centre d’expérimentation nucléaire. Telle une épée sans manche, une plate forme désaffectée, modèle Croix de Lorraine siégeait en plein milieu du lagon. Shampoo ne voulait pas aller faire la fête, surtout pas avec eux. Il ne buvait pas d’alcool en plus. Les types l’avaient charrier bien comme il faut avec des gros mots et tout. Ils s’étaient fait cul et chemise avec leur formateur.

pfff ! Allez c’est bon laissez-le ! Y veut pas, y veut pas, hein ? ! En leur adressant un clin d’œil puis, en mettant sa main devant sa bouche pour pas que Shampoo l’entende, la discrétion à la française, hé ! Hé ! Hé ! Vous allez voir il va rappliquer vite fait bien fait, si si vous allez voir, Ha ! Ha ! Ha !

Shampoo était fatigué. Il avait encore maigri. Il s’en était retourné, la tête pleine. Pleine de tout ce qu’il fallait savoir. Pleine de bandages souvenir. Un créatif Motrex avait eu la bonne idée d’imprimer des bandes médicales avec des couchers de soleil.

Au bar tout le monde se regardait dans le blanc des yeux ou dans le badge sensible aux radiations qu’ils avaient accroché à leur poche de chemise. Depuis leur arrivée la couleur du badge était verte luminescente, ce qui voulait dire que tout était O. K. Personne ne voulait parler de sa vie privée par peur qu’un maître chanteur envoie des photos compromettantes de quand ils étaient avec les filles Motrex. Comme Shampoo n’était pas là et que les absents ont toujours tort, un des diplômé lança une première vanne sur les indiens. La bande rigolait, dans le feu de l’action, trop content que ça rigole, un type a dit, 

tournée générale ! Un autre enchaîna,

Ouuuaaaiiiiii ! Attends et heuu ! Tu la connais celle-là ! Et voilà c’était parti, les arabes, les français, les chinois, les noirs, les tahitiens, Chacun avait une bonne blague à dire sur l’autre. La soirée s’était terminée en baston générale. Kissinger en personne était descendu calmer la baston. Un bon coup de pragmatisme et s’en était fini. Il avait de la merde sous les ongles.

Shampoo était rentré de son stage de formation, il n’avait pas trouvé de radis à son ce ne devait pas être la saison, par contre la couleur du badge devait être noire pour être O. K, c’était marqué dans le fascicule touristique d’emergency glissé entre les sièges. Il n’aimait pas tellement s’entretenir à ce sujet, le commerce tournait c’était le principal. Il devait rembourser ces traîtres. Jennyfer allait chez Shampoo pour quelques soins de temps en temps. Shampoo avait engagé d’anciennes filles de chez Renov. Les filles étaient sur le trottoir, la misère leur coupait les jambes, elle faisait penser à ces mannequins que l’on utilise pour les cours de secourisme, toujours prêts à des séances de bouche à bouche, de massages cardiaques il n’y avait plus qu’à les prendre. Par manque de main d'œuvre, des nouvelles était venue d'un autre pays un peu plus à l'est. La Motrex voulait du rendement et ne s’attachait pas à ces futilités d’ordre moral, le centre d’épilation avait revêtu les dessous d’une maison close, strings à clou, porte jarretelle à cran d’arrêt, soutien gorge à barbelé, massage à la gégène genre service secret. 

Depuis l’ouverture du centre, la ville bougeait un peu plus. Des cars entiers débarquaient des flots ininterrompus de femmes et d'hommes qui venait exprès ici pour se faire épiler.

Des plaques de cires refroidies s'arrachaient des jambes, des sourcils, des pubis, des raies des fesses, des dessous de pied pour Gudrun. Et tout ces déchets terminaient dans des bidons métalliques et disparaissaient comme par enchantement au fond de la remise.

Comme les enfants avaient eux aussi déserté la ville, monsieur Renov le marchand de jouet était au bord de la faillite. Il survivait en vendant au porte à porte des bougies que la paroisse lui envoyait en guise de soutien, des bougies faites à Le Village à la Campagne sur mer bien sur.

Monsieur Renov s’était fabriqué un présentoir en bois dans le cadre d’un vieux tiroir d’une commode, une sangle en cuir rivetée sur les bords du tiroir passait derrière sa nuque. A force, un petit coussinet de chair s’était formé. Avant de partir il faisait le tour de son magasin pour s’assurer qu’il ne manquait rien, même si les enfants n’étaient plus là pour venir voler, il avait toujours peur qu’en son absence un maraud s’introduise et lui dérobe les quelques boites du Docteur Maboul sur les rayons en acier galvanisé. Il restait autant de jouets que de dents à l’intérieur de sa bouche. Après avoir descendu le rideau métallique, il s’enfuyait pour que personne ne le voit avec ses bougies, il avait honte. Dix ans qu’il baissait son rideau, les commères penchées aux fenêtres alentours se demandaient encore ce que c’était que ce bruit. Mme Deruy dont la fenêtre donnait directement sur l’échoppe en pinçait pour M. Renov. Elle avait une pie trop grande dans une cage trop petite au dessus des géraniums et du thermomètre de bain cloué dans le mur. De derrière ses rideaux de dentelle blanche elle attendait que M.Renov sorte pour le voir et lui faire coucou. La pie caquetait elle aussi. M. Renov lui répondait timidement en agitant les doigts. Il pensait à Mme Deruy, si elle avait pu lui dire de monter, juste une fois, pour un café ou discuter juste, il ne pouvait pas aller lui vendre des bougies, qu’est-ce qu’elle en aurait penser ?

Que monsieur Renov était un bon à rien, voilà ce qu’elle en aurait pensé ou peut-être pire. Combien de fois monsieur Renov avait rebroussé chemin alors qu’il pouvait lire le nom de sa bien aimée sur la boite aux lettres. Il était maladivement timide, le voilà le seul vrai problème, il se perdait en hypothèses, en plan foireux puis déambulait de maisons en maisons, il avait inventé un slogan très simple qu’il avait chipé à une vendeuse de bible dans le métro parisien :

Vous pouvez m’aider ? Vous pouvez m’aider ? Il soulignait bien les sons en é.

Toute sa crédibilité reposait sur les sons en é. Les gens qui voulaient se racheter un peu auprès du bon dieu lui achetaient une bougie. De gros cierges blancs trapus. Monsieur Renov approchait la soixantaine, il se portait bien. Une grosse moustache de grenadier Napoléonien barrait son visage juste sous son nez. Son nez avec lequel on pouvait deviner ses humeurs. En faisant bouger ses ailettes soit vers le haut soit vers le bas on savait si il était satisfait ou non jamais un sourire, tout avec le nez. Un front large d’où pendouillait deux poches pour les yeux. Ses iris tournait sur elle même comme l’hélice encastrée dans les vitres des cuisines. Deux petites hélices grises pour laisser échapper la buée de sa tête, engoncé dans son par dessus. Après la fermeture des mines, Monsieur Renov avait été obligé de licencier une bonne partie de son personnel. Du personnel féminin principalement. Jennyfer travaillait pour lui. Il l’avait engagée parce qu’elle ne se plaignait jamais. Il avait aussi engagé d’autres filles qui n’arrêtaient pas de parler, 

c’était bien pour la clientèle. De ce fait, les caissières qui avaient été habitué à compter la monnaie ne perdaient pas la main lorsqu'elles se retrouvaient sur le trottoir.

Jennyfer était une de ces anciennes caissières. Il s’en souvenait parce qu’il la trouvait très belle. Il n ‘avait jamais réussi à percer le secret de cette fille. On ne savait absolument pas d’où elle venait ni comment elle était arrivée là. Elle chantait une berceuse, avec les mains, dans sa tête.


Un mot doux pour la vendeuse de dessous

A-va-rie dans son échoppe d’amadou

L’a-va-nie m’a laissé un très mauvais goût

l’a-veux nu exposé là sans retenue

l’a-ve-nue d’où mes maux viennent le soir venu

Ma-la-dresse d’avoir jeté mon dévolu.

Un mot doux pour la vendeuse de dessous

A deux sous ses bas s’effilent

Ba-fou-é ce que la fée a fait de moi

Trois ca-rrés d’étoffe qui me rend fou

Mau-dit soit ces bouts de dentelle fine

Di-ffi-cile d’avoir bonne mine


Je la trouve si belle derrière sa vitrine

Et ma vue trime et ma vie traîne

Je la trouve si belle derrière sa vitrine

Qu’à force je marcherai sur mes babines

Et même si j’suis timide j’viendrais lui faire un p’tit bisou

Un mot doux pour la vendeuse de dessous

Im-mo-bile de longs cils de nylon

Ses deux seins abandonnés de ses tétons

Un mann’quin…

Elle ne se rappelait jamais la fin.

Je la trouve si belle derrière sa vitrine

Et ma vue trime et ma vie traîne

Je la trouve si belle derrière sa vitrine

Qu’à force je marcherai sur mes babines

Et même si j’suis timide j’viendrais lui faire un p’tit bisou.

Frank, après un long périple était revenu de Le Village à la Campagne sur mer. Il avait ramené le tracteur de la famille en bon état. Il avait donné l'argent des cochons à son frère. Il avait donné un peu d’argent à Shampoo comme il avait dit. Depuis son retour, Frank avait une soif d’indépendance jamais étanchée, il s’était pris un appartement, tout seul, dans une rue sombre près de la gare. Frank disparut.



PUSH-PULL#4

On n'en savait pas plus sur Klaus et Gudrun. Ils avaient tous les deux le regard vide, triste, échappés d’un livre d’école pour apprendre l’allemand. Gudrun était une femme taillée comme un homme. Souvent, lorsqu'on lui faisait la remarque elle répondait simplement qu'elle s'appelait Gudrun parce que sa mère voulait une fille. Klaus lui, avait juste une coupe de Playmobil, et la même souplesse dans les membres.

Shampoo n'en savait pas plus sur le baril de poudre qui sentait bon. Il l'avait caché en attendant d'être plus curieux, au cas ou que la Motrex lui réclame.

Shampoo était donc allé au voyage d'affaire offert par la Motrex, avec une personne de leur choix, à ses frais. Il fut accueilli à l’aéroport par une très belle hôtesse. Elle le fit asseoir dans une salle d’attente, en classe Affairé. Les nombreuses personnes qui attendait déjà abandonnèrent leur lecture pour le dévisager un instant, un instant seulement. Il n’y avait plus un siège de libre. Shampoo s’était dirigé vers ce qu’il croyait être une place assise et qui n’était en fait qu’ une place debout. Il resta donc debout, un long moment, attirant les regards comme un aimant. Personne ne parlait. Des raclements de gorge, des gargouillements de ventre. Un pantalon qui se froissait, amplifié par le silence. Shampoo baladait son regard sur le faux plafond. Entre les tiges d’aluminium, des plaques isolantes couleur Roquefort, il se concentra sur le quadrillage du néon juste au-dessus de lui. Qui avait-il à espérer d’un monde qui s’éclairait au néon, l’homme qui avait dit cela était un visionnaire. La lumière trop blanche l’éblouissait, mais il continuait à la regarder sans même plisser les yeux. Au bout d’un moment, lorsque la paupière humidifia son œil, juste dans ce laps de temps, dans les néons, un visage lui apparu. C’était un visage familier, un homme, peut-être Frank. Les autres voyageurs abandonnèrent leur lecture encore une fois. En réalité, depuis que Shampoo était entré, personne n’avait réussi à se concentrer sur le magazine Motrex. Des articles sur les derniers téléphones portables avec lesquels on pouvait prendre des photos. Une page mode avec de très belles femmes qui en avait dans la tête. Pas de place à la médiocrité, il fallait être beau, intelligent, l’homme ou la femme, l’idéal des petites annonces. Des idées cadeaux pour la rentrée, de superbes vibro-masseur pour les joues, des idées Lounge pour son intérieur. Des slogans fédérateurs en anglais qui n’avaient rien de fédérateur, bien au contraire, à dire tous le temps everybody, together, party people, happy people, çà ne voulait plus rien dire juste des mots à mettre sur la tranche des pièces de monnaies comme devise patriotique. A la page vingt-quatre les interviews des franchisés, depuis que Motrex m’a menacé, je me sent bien etc… Une offre ADSL pour seulement quatorze euros quatre-vingt dix, et ma pauvre Armelle du service clientèle. Au bout d’un moment, tout le monde regardait dans les quadrillages des néons. Mais aucun ne réussissait à tenir aussi longtemps que Shampoo, certains reculaient en faisant d’atroces grimaces. D’autres, les tricheurs ! Ils avaient des lunettes de soleil. L’hôtesse venait d’entrer. Les futurs stagiaires furent pris en flagrant délit de regarder dans les néons. Parallèlement, Shampoo ressentit la haine soudaine que lui vouaient ses compagnons d’infortune. Haaa ! A cause de toi on est passé pour des cons aux yeux de cette jolie hôtesse qui aurait pu finir entre deux coins de porte avec l’un d’entre nous… Voilà ce que Shampoo entendait siffler dans ses oreilles. Et ce ne fut pas tout. Pour sceller définitivement son sort, l’hôtesse invita une superbe blonde en tailleur sexy à entrer. L’hôtesse présenta la créature de rêve à Shampoo. Elle s’appelait Jennyfer. De grands yeux bleus, vides, un petit nez mutin, elle avait un collier autour du cou avec un pendentif en forme de taille-crayon. On aurait dit qu’elle s’était arrachée toute seule du magazine Motrex. C’était la personne de leur choix qu’ils avaient dégoté pour l’accompagner. Tout le monde dans la salle était devenu beige. Bien qu’eux aussi était avec une personne du choix de la Motrex, et pas des plus laides, ils firent comme s’ils n’en avaient pas. Ils marmonnaient dans leur barbe les onze versets sataniques gravés sur la tuile du bouclier thermique de la navette spatiale qui avait récemment explosé dans les décombres du portefeuille d’un terroriste. Mis au grand jour par la presse à scandale.

Le voyage en avion s’annonçait sous de bien mauvais hospices.

Absorbé par la moquette de la passerelle d’embarquement imprimée d’une multitude de logos Motrex en surimpression marron, la moquette était beige. Shampoo se dirigeait lentement vers la porte de l’avion, les autres passagers faisait exprès de le bousculer dans le but d’attirer l’attention de Jennyfer, pendue à son bras. Shampoo lançait de petits regards vers la belle, mais elle avait deux têtes de plus que lui. Ils se contenta de regarder ses seins. Jennyfer n’était pas bien loquace et Shampoo était plus timide qu’un bernard-l’ermite de ce fait, il ne s’adressèrent la parole que très rarement. A bord Shampoo était assis côté hublot, Jennyfer était au toilette lorsqu’on leur servit une collation, des pastilles d’iode édulcorées pour ce qui n’arrivait pas à compenser et un sandwich de pain de mie. Shampoo tenta d’en savoir plus en lui proposant son sandwich. Il l’agita devant Jennyfer par un bout de l’enveloppe de Cellophane. Mais la belle lui fit un signe de la tête qui voulait dire qu’elle n’en voulait pas. Elle tenta de lui donner quelques explications. Avec un autre signe de la main, à la façon des hôtesses qui miment les consignes de sécurité, elle dessina une zone entre son larynx et son estomac, allant même jusqu’aux intestins. Ensuite, ouvrant la bouche, elle faisait entrer son index à moitié et le ressortait aussi rapidement, deux ou trois fois. Après, toujours avec ce même signe de tête qui voulait dire non, elle referma la bouche en pressant bien sur ses lèvres. Enfin, pour confirmer tout çà, elle croisa les bras au niveau des poignets, les mains bien tendues en signe de croix, de X ou de multiplié devant sa bouche. Shampoo la regardait, interloqué. Le voyage se passa. Ils arrivèrent enfin sur le lieu du stage de formation. C’était une île, paradisiaque vue du ciel. Les passagers descendirent de l’avion. L’air était moite, épais. La peau desséchée par la clim, la bouche pâteuse, sa chemisette rayée collant à sa peau, Shampoo se mêla timidement au rang des futurs stagiaires qui faisaient la queue devant un guichet. Shampoo pensait reconnaître la douane, et non, c’était une dame qui leur distribuait un badge sensible aux radis à son vert fluorescent. Les compagnes s’éclipsèrent vite fait bien fait. On ne les revit plus.