jeudi 26 novembre 2009
PUSH-PULL#10
PUSH-PULL#9
PUSH-PULL#8
PUSH-PULL#7
PUSH-PULL# 6
vendredi 22 mai 2009
PUSH-PULL#5
Dans une suite luxueuse, le vieux diplomate se prélassait sur son lit format grand aigle. Le regard dans les facettes de cristal suspendues au lustre. On frappa à la porte. Le Kissinger réajusta son peignoir, se regarda dans la glace près de la porte, il se mit un coup de paluche dans les cheveux et fit entrer. Jennyfer posa son sac à main. Elle lui expliqua par une série de gestes que les nouveaux stagiaires étaient arrivés. Le vieux diplomate se réjouissait, il frottait ses mains l’une contre l’autre. Jennyfer disparut dans la salle de bain. Pendant ce temps, HK perdu dans les motifs de ses pantoufles revint à lui. Il ouvrit une porte du meuble, sortit deux bouteilles et deux verres à cocktail. La première bouteille, du whisky, il s’en mit une lichette. La deuxième était blanche, en PVC, le goulot coudé comme pour aller dans des endroits que d’autres bouteilles ne pouvait atteindre. Il y avait une étiquette avec un lettrage rouge. WC. HK versa délicatement le liquide sirupeux à l’intérieur du verre, d’un bleu lagon pas naturel. Il y posa ensuite un glaçon et une olive, avec le cœur goût piment. Jennyfer sortit de la salle de bain, elle était en peignoir elle aussi. Elle s’approcha du vieux diplomate, le vieux posa son verre. Ils s’embrassèrent vulgairement tout en enlevant leur peignoir. Leur langue faisaient des va et viens rapides, il râlait doucement, Jennyfer se contentait de faire des bruits de succion dégueulasses. Elle descendit doucement vers le sexe de son partenaire. L’avala à pleine bouche, usant de techniques secrètes transmises entre les pages des hors séries de Femmes Actuelles, elle le faisait rebondir contre sa langue, tout en l’astiquant jusqu’à la garde. Le vieux n’en pouvait plus, il se mordait les lèvres, tremblait, il vagissait tel un porcelet. Il la tenait par les cheveux comme un guidon de moto qui n’avait pas de freins, sinon il n’aurait fait que freiner, ensuite, Jennyfer se releva. Elle se cramponna au meuble du mini-bar, écarta les jambes pour inviter le diplomate à la pénétrer. Le diplomate empoigna sa croupe, il lui écarta les fesses, découvrit ses orifices et lui mit une fessée. Comme elle ne parlait pas, elle lui répondait avec des signes de plongeur. Ô oui c’est bon, aïe aïe aïe, encore, je suis sur réserve…
Le diplomate passa sa langue contre l’anus de la femme, il cracha dessus, enfouit ses doigts, recracha encore. La belle regardait par la fenêtre, dehors, à travers les stores. Le groupe de stagiaires était alignés dans la cour de l’hôtel, au garde à vous. Elle ne pouvait pas voir qui présidait la petite réunion, un cocotier lui barrait la vue. Le vieux diplomate se retira, haletant, il courut s’allonger sur le lit. Les reflets arc-en-ciel du lustre, l’odeur de propre qui émanait de la chambre. La belle remit son peignoir, elle prit le verre de sirop bleu et y trempa ses lèvres.
Quelques heures plus tard, au garde à vous. Le Kissinger superviseur était venu serrer la main à ses vélites, bien sincèrement, droit dans les yeux. Shampoo passait la plupart du temps dans un amphithéâtre de fortune, pour des Cire Conférences, des révolutions terrestres interminables, l’heure n’avançait pas. Des projections de films institutionnels sur l’épilation et les soins de beauté. Un instructeur cirrhotique, ancien prof aux Beaux Arts, rotait Le cours Cire Cuite, et vous rentrait dans le lard. Sacré pilon, pilier de bar. Le prof avait un tic, il tapait du poing. Au coin de son bureau, la tête de Shampoo. Et puis, épisodiques, les cours du soir épilatoires.
En fin de cycle, il y eut un QCM. Les cases étaient déjà cochés, il fallait juste trouver la question. Les nouveaux lauréats, le soir venu, voulaient aller fêter çà.
- Tchikatchikatchik !… Ayaya !… Ils s’était entourés de leurs plus chics apparats, chuuut… Il y avait un bar sur la plage aménagée. Dix ans auparavant, l’île fut utilisée comme centre d’expérimentation nucléaire. Telle une épée sans manche, une plate forme désaffectée, modèle Croix de Lorraine siégeait en plein milieu du lagon. Shampoo ne voulait pas aller faire la fête, surtout pas avec eux. Il ne buvait pas d’alcool en plus. Les types l’avaient charrier bien comme il faut avec des gros mots et tout. Ils s’étaient fait cul et chemise avec leur formateur.
pfff ! Allez c’est bon laissez-le ! Y veut pas, y veut pas, hein ? ! En leur adressant un clin d’œil puis, en mettant sa main devant sa bouche pour pas que Shampoo l’entende, la discrétion à la française, hé ! Hé ! Hé ! Vous allez voir il va rappliquer vite fait bien fait, si si vous allez voir, Ha ! Ha ! Ha !
Shampoo était fatigué. Il avait encore maigri. Il s’en était retourné, la tête pleine. Pleine de tout ce qu’il fallait savoir. Pleine de bandages souvenir. Un créatif Motrex avait eu la bonne idée d’imprimer des bandes médicales avec des couchers de soleil.
Au bar tout le monde se regardait dans le blanc des yeux ou dans le badge sensible aux radiations qu’ils avaient accroché à leur poche de chemise. Depuis leur arrivée la couleur du badge était verte luminescente, ce qui voulait dire que tout était O. K. Personne ne voulait parler de sa vie privée par peur qu’un maître chanteur envoie des photos compromettantes de quand ils étaient avec les filles Motrex. Comme Shampoo n’était pas là et que les absents ont toujours tort, un des diplômé lança une première vanne sur les indiens. La bande rigolait, dans le feu de l’action, trop content que ça rigole, un type a dit,
tournée générale ! Un autre enchaîna,
Ouuuaaaiiiiii ! Attends et heuu ! Tu la connais celle-là ! Et voilà c’était parti, les arabes, les français, les chinois, les noirs, les tahitiens, Chacun avait une bonne blague à dire sur l’autre. La soirée s’était terminée en baston générale. Kissinger en personne était descendu calmer la baston. Un bon coup de pragmatisme et s’en était fini. Il avait de la merde sous les ongles.
Shampoo était rentré de son stage de formation, il n’avait pas trouvé de radis à son ce ne devait pas être la saison, par contre la couleur du badge devait être noire pour être O. K, c’était marqué dans le fascicule touristique d’emergency glissé entre les sièges. Il n’aimait pas tellement s’entretenir à ce sujet, le commerce tournait c’était le principal. Il devait rembourser ces traîtres. Jennyfer allait chez Shampoo pour quelques soins de temps en temps. Shampoo avait engagé d’anciennes filles de chez Renov. Les filles étaient sur le trottoir, la misère leur coupait les jambes, elle faisait penser à ces mannequins que l’on utilise pour les cours de secourisme, toujours prêts à des séances de bouche à bouche, de massages cardiaques il n’y avait plus qu’à les prendre. Par manque de main d'œuvre, des nouvelles était venue d'un autre pays un peu plus à l'est. La Motrex voulait du rendement et ne s’attachait pas à ces futilités d’ordre moral, le centre d’épilation avait revêtu les dessous d’une maison close, strings à clou, porte jarretelle à cran d’arrêt, soutien gorge à barbelé, massage à la gégène genre service secret.
Depuis l’ouverture du centre, la ville bougeait un peu plus. Des cars entiers débarquaient des flots ininterrompus de femmes et d'hommes qui venait exprès ici pour se faire épiler.
Des plaques de cires refroidies s'arrachaient des jambes, des sourcils, des pubis, des raies des fesses, des dessous de pied pour Gudrun. Et tout ces déchets terminaient dans des bidons métalliques et disparaissaient comme par enchantement au fond de la remise.
Comme les enfants avaient eux aussi déserté la ville, monsieur Renov le marchand de jouet était au bord de la faillite. Il survivait en vendant au porte à porte des bougies que la paroisse lui envoyait en guise de soutien, des bougies faites à Le Village à la Campagne sur mer bien sur.
Monsieur Renov s’était fabriqué un présentoir en bois dans le cadre d’un vieux tiroir d’une commode, une sangle en cuir rivetée sur les bords du tiroir passait derrière sa nuque. A force, un petit coussinet de chair s’était formé. Avant de partir il faisait le tour de son magasin pour s’assurer qu’il ne manquait rien, même si les enfants n’étaient plus là pour venir voler, il avait toujours peur qu’en son absence un maraud s’introduise et lui dérobe les quelques boites du Docteur Maboul sur les rayons en acier galvanisé. Il restait autant de jouets que de dents à l’intérieur de sa bouche. Après avoir descendu le rideau métallique, il s’enfuyait pour que personne ne le voit avec ses bougies, il avait honte. Dix ans qu’il baissait son rideau, les commères penchées aux fenêtres alentours se demandaient encore ce que c’était que ce bruit. Mme Deruy dont la fenêtre donnait directement sur l’échoppe en pinçait pour M. Renov. Elle avait une pie trop grande dans une cage trop petite au dessus des géraniums et du thermomètre de bain cloué dans le mur. De derrière ses rideaux de dentelle blanche elle attendait que M.Renov sorte pour le voir et lui faire coucou. La pie caquetait elle aussi. M. Renov lui répondait timidement en agitant les doigts. Il pensait à Mme Deruy, si elle avait pu lui dire de monter, juste une fois, pour un café ou discuter juste, il ne pouvait pas aller lui vendre des bougies, qu’est-ce qu’elle en aurait penser ?
Que monsieur Renov était un bon à rien, voilà ce qu’elle en aurait pensé ou peut-être pire. Combien de fois monsieur Renov avait rebroussé chemin alors qu’il pouvait lire le nom de sa bien aimée sur la boite aux lettres. Il était maladivement timide, le voilà le seul vrai problème, il se perdait en hypothèses, en plan foireux puis déambulait de maisons en maisons, il avait inventé un slogan très simple qu’il avait chipé à une vendeuse de bible dans le métro parisien :
Vous pouvez m’aider ? Vous pouvez m’aider ? Il soulignait bien les sons en é.
Toute sa crédibilité reposait sur les sons en é. Les gens qui voulaient se racheter un peu auprès du bon dieu lui achetaient une bougie. De gros cierges blancs trapus. Monsieur Renov approchait la soixantaine, il se portait bien. Une grosse moustache de grenadier Napoléonien barrait son visage juste sous son nez. Son nez avec lequel on pouvait deviner ses humeurs. En faisant bouger ses ailettes soit vers le haut soit vers le bas on savait si il était satisfait ou non jamais un sourire, tout avec le nez. Un front large d’où pendouillait deux poches pour les yeux. Ses iris tournait sur elle même comme l’hélice encastrée dans les vitres des cuisines. Deux petites hélices grises pour laisser échapper la buée de sa tête, engoncé dans son par dessus. Après la fermeture des mines, Monsieur Renov avait été obligé de licencier une bonne partie de son personnel. Du personnel féminin principalement. Jennyfer travaillait pour lui. Il l’avait engagée parce qu’elle ne se plaignait jamais. Il avait aussi engagé d’autres filles qui n’arrêtaient pas de parler,
c’était bien pour la clientèle. De ce fait, les caissières qui avaient été habitué à compter la monnaie ne perdaient pas la main lorsqu'elles se retrouvaient sur le trottoir.
Jennyfer était une de ces anciennes caissières. Il s’en souvenait parce qu’il la trouvait très belle. Il n ‘avait jamais réussi à percer le secret de cette fille. On ne savait absolument pas d’où elle venait ni comment elle était arrivée là. Elle chantait une berceuse, avec les mains, dans sa tête.
Un mot doux pour la vendeuse de dessous
A-va-rie dans son échoppe d’amadou
L’a-va-nie m’a laissé un très mauvais goût
l’a-veux nu exposé là sans retenue
l’a-ve-nue d’où mes maux viennent le soir venu
Ma-la-dresse d’avoir jeté mon dévolu.
Un mot doux pour la vendeuse de dessous
A deux sous ses bas s’effilent
Ba-fou-é ce que la fée a fait de moi
Trois ca-rrés d’étoffe qui me rend fou
Mau-dit soit ces bouts de dentelle fine
Di-ffi-cile d’avoir bonne mine
Je la trouve si belle derrière sa vitrine
Et ma vue trime et ma vie traîne
Je la trouve si belle derrière sa vitrine
Qu’à force je marcherai sur mes babines
Et même si j’suis timide j’viendrais lui faire un p’tit bisou
Un mot doux pour la vendeuse de dessous
Im-mo-bile de longs cils de nylon
Ses deux seins abandonnés de ses tétons
Un mann’quin…
Elle ne se rappelait jamais la fin.
Je la trouve si belle derrière sa vitrine
Et ma vue trime et ma vie traîne
Je la trouve si belle derrière sa vitrine
Qu’à force je marcherai sur mes babines
Et même si j’suis timide j’viendrais lui faire un p’tit bisou.
Frank, après un long périple était revenu de Le Village à la Campagne sur mer. Il avait ramené le tracteur de la famille en bon état. Il avait donné l'argent des cochons à son frère. Il avait donné un peu d’argent à Shampoo comme il avait dit. Depuis son retour, Frank avait une soif d’indépendance jamais étanchée, il s’était pris un appartement, tout seul, dans une rue sombre près de la gare. Frank disparut.
PUSH-PULL#4
On n'en savait pas plus sur Klaus et Gudrun. Ils avaient tous les deux le regard vide, triste, échappés d’un livre d’école pour apprendre l’allemand. Gudrun était une femme taillée comme un homme. Souvent, lorsqu'on lui faisait la remarque elle répondait simplement qu'elle s'appelait Gudrun parce que sa mère voulait une fille. Klaus lui, avait juste une coupe de Playmobil, et la même souplesse dans les membres.
Shampoo n'en savait pas plus sur le baril de poudre qui sentait bon. Il l'avait caché en attendant d'être plus curieux, au cas ou que la Motrex lui réclame.
Shampoo était donc allé au voyage d'affaire offert par la Motrex, avec une personne de leur choix, à ses frais. Il fut accueilli à l’aéroport par une très belle hôtesse. Elle le fit asseoir dans une salle d’attente, en classe Affairé. Les nombreuses personnes qui attendait déjà abandonnèrent leur lecture pour le dévisager un instant, un instant seulement. Il n’y avait plus un siège de libre. Shampoo s’était dirigé vers ce qu’il croyait être une place assise et qui n’était en fait qu’ une place debout. Il resta donc debout, un long moment, attirant les regards comme un aimant. Personne ne parlait. Des raclements de gorge, des gargouillements de ventre. Un pantalon qui se froissait, amplifié par le silence. Shampoo baladait son regard sur le faux plafond. Entre les tiges d’aluminium, des plaques isolantes couleur Roquefort, il se concentra sur le quadrillage du néon juste au-dessus de lui. Qui avait-il à espérer d’un monde qui s’éclairait au néon, l’homme qui avait dit cela était un visionnaire. La lumière trop blanche l’éblouissait, mais il continuait à la regarder sans même plisser les yeux. Au bout d’un moment, lorsque la paupière humidifia son œil, juste dans ce laps de temps, dans les néons, un visage lui apparu. C’était un visage familier, un homme, peut-être Frank. Les autres voyageurs abandonnèrent leur lecture encore une fois. En réalité, depuis que Shampoo était entré, personne n’avait réussi à se concentrer sur le magazine Motrex. Des articles sur les derniers téléphones portables avec lesquels on pouvait prendre des photos. Une page mode avec de très belles femmes qui en avait dans la tête. Pas de place à la médiocrité, il fallait être beau, intelligent, l’homme ou la femme, l’idéal des petites annonces. Des idées cadeaux pour la rentrée, de superbes vibro-masseur pour les joues, des idées Lounge pour son intérieur. Des slogans fédérateurs en anglais qui n’avaient rien de fédérateur, bien au contraire, à dire tous le temps everybody, together, party people, happy people, çà ne voulait plus rien dire juste des mots à mettre sur la tranche des pièces de monnaies comme devise patriotique. A la page vingt-quatre les interviews des franchisés, depuis que Motrex m’a menacé, je me sent bien etc… Une offre ADSL pour seulement quatorze euros quatre-vingt dix, et ma pauvre Armelle du service clientèle. Au bout d’un moment, tout le monde regardait dans les quadrillages des néons. Mais aucun ne réussissait à tenir aussi longtemps que Shampoo, certains reculaient en faisant d’atroces grimaces. D’autres, les tricheurs ! Ils avaient des lunettes de soleil. L’hôtesse venait d’entrer. Les futurs stagiaires furent pris en flagrant délit de regarder dans les néons. Parallèlement, Shampoo ressentit la haine soudaine que lui vouaient ses compagnons d’infortune. Haaa ! A cause de toi on est passé pour des cons aux yeux de cette jolie hôtesse qui aurait pu finir entre deux coins de porte avec l’un d’entre nous… Voilà ce que Shampoo entendait siffler dans ses oreilles. Et ce ne fut pas tout. Pour sceller définitivement son sort, l’hôtesse invita une superbe blonde en tailleur sexy à entrer. L’hôtesse présenta la créature de rêve à Shampoo. Elle s’appelait Jennyfer. De grands yeux bleus, vides, un petit nez mutin, elle avait un collier autour du cou avec un pendentif en forme de taille-crayon. On aurait dit qu’elle s’était arrachée toute seule du magazine Motrex. C’était la personne de leur choix qu’ils avaient dégoté pour l’accompagner. Tout le monde dans la salle était devenu beige. Bien qu’eux aussi était avec une personne du choix de la Motrex, et pas des plus laides, ils firent comme s’ils n’en avaient pas. Ils marmonnaient dans leur barbe les onze versets sataniques gravés sur la tuile du bouclier thermique de la navette spatiale qui avait récemment explosé dans les décombres du portefeuille d’un terroriste. Mis au grand jour par la presse à scandale.
Le voyage en avion s’annonçait sous de bien mauvais hospices.
Absorbé par la moquette de la passerelle d’embarquement imprimée d’une multitude de logos Motrex en surimpression marron, la moquette était beige. Shampoo se dirigeait lentement vers la porte de l’avion, les autres passagers faisait exprès de le bousculer dans le but d’attirer l’attention de Jennyfer, pendue à son bras. Shampoo lançait de petits regards vers la belle, mais elle avait deux têtes de plus que lui. Ils se contenta de regarder ses seins. Jennyfer n’était pas bien loquace et Shampoo était plus timide qu’un bernard-l’ermite de ce fait, il ne s’adressèrent la parole que très rarement. A bord Shampoo était assis côté hublot, Jennyfer était au toilette lorsqu’on leur servit une collation, des pastilles d’iode édulcorées pour ce qui n’arrivait pas à compenser et un sandwich de pain de mie. Shampoo tenta d’en savoir plus en lui proposant son sandwich. Il l’agita devant Jennyfer par un bout de l’enveloppe de Cellophane. Mais la belle lui fit un signe de la tête qui voulait dire qu’elle n’en voulait pas. Elle tenta de lui donner quelques explications. Avec un autre signe de la main, à la façon des hôtesses qui miment les consignes de sécurité, elle dessina une zone entre son larynx et son estomac, allant même jusqu’aux intestins. Ensuite, ouvrant la bouche, elle faisait entrer son index à moitié et le ressortait aussi rapidement, deux ou trois fois. Après, toujours avec ce même signe de tête qui voulait dire non, elle referma la bouche en pressant bien sur ses lèvres. Enfin, pour confirmer tout çà, elle croisa les bras au niveau des poignets, les mains bien tendues en signe de croix, de X ou de multiplié devant sa bouche. Shampoo la regardait, interloqué. Le voyage se passa. Ils arrivèrent enfin sur le lieu du stage de formation. C’était une île, paradisiaque vue du ciel. Les passagers descendirent de l’avion. L’air était moite, épais. La peau desséchée par la clim, la bouche pâteuse, sa chemisette rayée collant à sa peau, Shampoo se mêla timidement au rang des futurs stagiaires qui faisaient la queue devant un guichet. Shampoo pensait reconnaître la douane, et non, c’était une dame qui leur distribuait un badge sensible aux radis à son vert fluorescent. Les compagnes s’éclipsèrent vite fait bien fait. On ne les revit plus.